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Article de l'élément Terre

 

L'Empereur Tellurien

    Semblable à un gigantesque glissement de terrain, les légions terrestres du Roi Novogus ont surgi dans la forêt de Jumon. De larges étendues sylvestres furent décimées pour construire des abris, allumer des feux de camps ou simplement pour permettre aux armées impériales de manœuvrer et tout être vivant se trouvant sur le chemin fut éradiqué selon la même brutale logique.


Ainsi fit Novogus, l’usurpateur du trône de la Terre put étendre sa domination.






                                                      Chapitre I


                            



     Au dessus de la Forêt de Junon, on pouvait apercevoir un pan de rocher qui volait dans le couchant ; il était grossièrement taillé en forme d’oiseau de proie. Si les lois de la pesanteur avaient prévalu, le rocher avait depuis longtemps chuté vers la canopée. Heureusement pour Xerabis, qui pilotait l’artéfact de pierre, la science devait s’accommoder de la présence de la magie dans ce royaume, ainsi la statue ailée planait-elle dans les airs et maintenant sa course et son altitude.


     Xerabis était le chef des éclaireurs au sein de l’escouade des Voltigeurs de pierres de Novogus, avec pour mission de faire un rapport sur l’activité ennemie alors que les légions terrestres marchaient sur la capitale sylvestre de Tolicore.


     Le Peuple sylvestre était réputé pour sa férocité et sa faculté de pouvoir parfaitement se dissimuler dans leur habitat feuillu. Une guerre d’usure dans le royaume sylvestre pouvait épuiser très facilement les ressources de toute force d’invasion, y compris des légions aussi disciplinées et déterminées que celles de Novogus.


     Toutefois, les habitants de la forêt n’étaient pas aussi unis que le peuple de la Terre, leur « nation » consistait en un réseau plutôt lâche de tribus éparses qui passaient la plupart de leur temps à s’affronter entre elles. Le plan de Novogus était simple : attaquer rapidement, prendre possession de la seule agglomération digne du nom de ‘ville’, et ensuite de s’attaquer à une tribu après l’autre.


     Les vagues d’agitation qui secouaient imperceptiblement la Forêt de Junon confirmaient la justesse du stratagème de Novogus. Xerabis sourit à la vue de défenseurs qui se dispersaient dans le but de protéger leurs territoires indépendants. Une fois Tolicore prise, les peuples sylvestres ne pourraient se regrouper nulle part pour opposer une ultime résistance.


     Avec un soudain virage sur l’aile, Xerabis amorça sa descente vers le camp. Au fur et à mesure que le sol se rapprochait, la verte étendue des pins apparut plus en détails et les nuages de poussière se matérialisèrent pour laisser apparaître les colonnes de l’armée de Novogus.


     Tandis qu’il s’apprêtait à atterrir, Xerabis tenta de redresser sa trajectoire mais comprit tout de suite que l’engin imprévisible était encore sous le coup d’une avarie.


     Les troupes en rangées parfaites dans la clairière en dessous réalisèrent le danger que représentait ce rocher tombant en piqué et se dispersèrent. Xerabis parvint à réduire sa vitesse juste à temps pour éviter une collision fatale. L’engin heurta le sol dans un fracas épouvantable, qui projeta le malheureux nain sur une dizaine de mètres pour finir dans une patrouille de lanciers qui s’écroulèrent comme des dominos.


     Xerabis se releva avec peine. Ce n’était pas là son atterrissage le plus catastrophique, mais il aurait préféré avoir moins de public. Etourdis, les fantassins Verzar se remirent sur pied tant bien que mal. Quelques-uns d’entre eux le fustigèrent du regard tandis qu’ils tentaient de retrouver leur posture de parade. Soudain une voix s’éleva au-dessus du tumulte et le sang de Xerabis ne fit qu’un tour.


     « Au rapport, nain. »


     Xerabis se prosterna jusqu’à la terre et des relents d’excréments de rongeurs soulevèrent ses narines. Les soldats s’écartèrent dans un bruit métallique d’armes qui s’entrechoquent et le Roi Novogus en personne parcoura leurs rangs. Bien qu’il ne fût pas plus grand que ses troupes, le roi exaltait une présence redoutable qui fit trembler tous ceux qui se trouvaient dans la clairière.


     « Vos prédictions se confirment, Votre Majesté, » balbutia le nain, « les tribus se dispersent, chacune afin de protéger ses propres intérêts. »


     Les yeux de Novogus, aussi noirs que la nuit au-dessus du désert, fixèrent le nain pendant de longues secondes et ses lèvres cruelles trahirent peut-être un bref sourire. Sans un mot, il tourna les talons et quitta la clairière, laissant derrière lui Xerabis tout tremblant remercier les dieux de lui avoir accordé la vie sauve.





                                                      Chapitre II



     Novogus regagna sa tente. A l’intérieur, le sol était jonché de fioles contenant des fluides de couleur vive, de cristaux étrangement translucides et d’appareils scientifiques. L’obsession du Roi pour l’alchimie était chose connue ;il usait d’un mélange de science et de sorcellerie pour conserver l'apparence de la jeunesse. Mais bien qu'il paraisse un jeune homme d’une vingtaine de printemps, la rumeur voulait qu’il soit trois fois plus âgé.


     A côté de son lit se trouvait un large coffre en bronze orné d’engrenages et d’un système complexe de verrous. Le Roi passa la main sept fois sur le coffre en marmonnant une incantation sur un ton guttural et sinistre. Au dernier passage de la main, le mécanisme du coffre s’actionna dans une cacophonie de clics et de crissements et le couvercle s’ouvrit dans un grincement.


     Novogus retira du coffre un large bol en étain et une bourse en velours gris. Ensuite, il referma le coffre et posa le bol dessus. Il tira un poignard d'ornement qu'il portait à la ceinture et traça une ligne bien droite sur son poignet gauche. Il maintint son avant-bras au-dessus du bol de manière à collecter un mince filet de sang. Il marmonna une autre incantation, le saignement s'arrêta net et la plaie laissa la place à une légère cicatrice. De la Bourse, le roi tira trois petits morceaux de craie jaunâtre, qu'il pila dans le bol de sang ; la mixture rentra immédiatement en ébullition et il s'en dégagea un gaz jaune épais. Peu de temps après, l'air dans la tente devint complètement opaque.


     La brume tournoyante se mit à fusionner, quelque chose prenait forme dans la vapeur. Des traits humains devinrent visibles, le corps était émacié mais son visage buriné laissait présager d'une intelligence ancestrale et maléfique.


     Novogus se prosterna devant l'apparition. "Maître Scion, j'ai rassemblé mes forces, les peuplades sylvestre se comportent comme vous l'aviez prédit".


     Une voix métallique, pleine de malice mais dénuée d'émotion et d'humanité, retentit dans la brume jaunâtre.


     "Tu as bien oeuvré, mon disciple. Suis mes instructions à la lettre et tu pourras prévoir chacune de leurs tactiques. Ne sous-estime pas la pugnacité de ces barbares, tu dois profiter de ton avantage sans délai ni pitié."


     "Merci, maître, je ..."


     " J’ai dit sans délai, terrien. "


     La vision se dissipa ainsi que la brume et l'air de la tente redevint clair comme de auparavant mais empli d’une odeur fétide qu rappela à Novogus l’odeur de la forge et des fosses communes.


     Novogus quitta la tente précipitamment pour ne point éroder la patience de son maître. Le Peuple de la Terre était souvent accusé de donner libre cours aux atermoiements et autres tergiversations, mais il savait que cela était davantage dû à son inclination pour la persévérance et la minutie et à son peu de goût pour l’enthousiasme irréfléchi.


     Chacune des quatre nations était définie par l’élément dont elle tirait le nom : les Peuplades aquatiques, par exemple, étaient pleines de ressources mais elles étaient malléables à souhait, et Novogus avait profité de leurs goût pour l’intrigue et la politique pour renverser la Monarchie tritonide de l’année auparavant.


    Le Roi savait que Scion avait raison, leurs attributs les rendaient prévisibles : les défenseurs de la forêt s’attendraient à ce que ses légions s’attardent à décider d’une stratégie, il lui fallait donc attaquer tout de suite.




                                                      Chapitre III






    
     L’armée de Novogus était alignée dans une large clairière que ses troupes avaient défrichée au feu et à la hache. Devant eux, se dressaient les remparts arborés de Tolicore, la capitale des peuplades sylvestres. Un sort magique protégeait la cité contre les flammes, l’incendier n’était donc pas une option. De toute manière, Novogus désirait s’emparer de la ville intacte, elle servirait de poste de commandement avancé à partir duquel il pourrait poursuivre sa conquête du royaume sylvestre.



     Le peuple de la Terre était très fier de ses capacités en matière d'ingénierie et ce, surtout en période de guerre. Une artillerie monstrueuse avançait dans le sillage des troupes de Novogus : les catapultes capables de lancer des rochers sur de grandes distances et des arbalètes pouvant transpercer le tronc d'un chêne.


     Novogus se tenaient à côté d'un trébuchet gigantesque et en en admirait la structure. Cette machine de guerre avait été construite deux jours auparavant avec du bois provenant de  la forêt des barbares. Novogus était fier de son peuple puisse utiliser la végétation luxuriante environnante pour créer quelque chose utile qui pourrait l'aider à soumettre les barbares sylvestre.


     À son signal, l'imposante machinerie des assiégeants commença le bombardement. Des vagues de projectiles formaient des arcs dans le ciel tels des comètes. Au sol, les ombres se profilaient menaçantes sur l'étendue sylvestre. À chaque impact, un éclair pyrotechnique enflammait les jeunes arbres non protégés par les défenses et des gobelins sylvestres ainsi dénichés s'enfuyaient en hurlant.


     On sonna la mise en branle générale. L'infanterie marchait droit devant elle avec précision d'une machine, les boucliers formant murs d'acier mobile. fantassins Verzar étaient la colonne vertébrale de la légion, les hommes étaient très bien entraînés et d'une loyauté sans limites, mais leur perte de peu d'importance.


     La vibration d'un millier de cordes d'arc emplit la forêt. Des flèches pleuvaient sur les cohorte en marche comme de la grêle noire, et malgré l'épaisseur des armures, chaque pointe trouvait à se ficher dans les rares parties du corps qui restaient exposées. Des centaines de soldats de première ligne effondrèrent, tué sur le coup ou gisant dans leur agonie sur le sol recouvert de mousse.


     Malgré le carnage, les troupes décimées de Verzar ne montraient aucun signe de faiblesse. Leur général leur donna toutefois de l'ordre de faire halte. Un autre son de corde fit avancer les dresseurs molosses en première ligne, les chiens de chasse Verzar tiraient sur leurs laisses impatients de planter leurs crocs dans les archeres qui seraient bientôt débusqués de leur cachette. Sur l'ordre du général, les molosses furent détachés,  la forêt répliqua par un autre tempête de flèches, mais cela ne stoppa en rien les créatures qui s'engouffrèrent dans la forêt sont trop souffrir de pertes. Novogus prit plaisir a l'écoute de cris de femmes, et se souvint que les meilleurs archeres sylvestres étaient en fait des elfes femelles.


     Aucune nouvelle volée de flèche ne parvenant de la forêt, on donna l'ordre aux fantassins de reprendre leur marche. Alors que la première ligne atteignait les arbres, Novogus réalisa qu'il se passait quelque chose d'anormal, pourquoi les molosses avaient-ils cessé d'aboyer ? Et qu'en était-il au juste de ces arbres...


     Soudan chêne gigantesque se mit en mouvement et des traits humains commencèrent à paraître sur écorce. L'une de ses branches s'élança dans les airs, vint heurter une colonne de fantassins Verzar de plein fouet et décapita le porte-enseigne. D'autres arbres se réveillaient, ils étaient possédés. Il s'agissait d'arbres hantés de Jumon, des esprits que l'on ne trouve que dans cette forêt. Les troupes impériales étaient de toute évidence ébranlées et leur panique parvint à son paroxysme lorsque les carcasses d'une douzaine de molosses furent dégurgitées par la forêt, baignant leurs rangs serrés dans la fiente et le sang.



     Novogus ne perdit toutefois pas son sang froid car Scion lui avait décrit le bestiaire sylvestre dans ses moindres détails. "Opération petit bois! " Lança-t-il au-dessus du vacarme.


     Depuis l'arrière-garde, un escadron de voltigeurs de pierres
s'élança dans les airs. Chaque voltigeur était couplé avec un autre nain, ce qui freina leur ascension. Les Voltigeurs des pierres étaient d'ordinaire utilisés pour des missions de reconnaissance en haute altitude, mais cette innovation tactique exigeait d'eux qu'ils volent jusqu'à la lisière des arbres et y déposent leurs passagers.


     Les nains qui les accompagnaient étaient d'une race différente de celle de leurs cousins de l'aéronautique ; ils étaient plus musclés, plus barbu, plus bagarreur et surtout assoiffés de bataille. Chacun était équipé d'une grande hache de guerre démesurée d'où leur nom de pourfendeurs nain.


     Les pourfendeurs nain étaient aussi impressionnés par les arbres animer que le reste des troupes terrestres, mais fidèles à leur stoïcisme légendaire, ils s'apprêtaient calmement à livrer bataille. Les haches bien profilées frappèrent les troncs et les branches, réduisant chaîne, érables et sycomore à du petit bois. Les esprits étaient eux-mêmes invulnérables aux attaques physiques, mais néanmoins déploraient la perte de leur forme corporelle en voyant les troncs abattus dans le sillage des nains.


     Au plus fort de la cacophonie des arbres qui hurlaient, des chiens qui gémissaient et des soldats qui avaient perdu la raison, Novogus restait inébranlable, tels une statue de bronze. D'un signe de la tête, il donna l'ordre de sonner le rassemblement de la légion et sa remise en marche. Cette fois, les soldats ne rencontrèrent aucune résistance lorsqu'ils traversèrent les lignes sylvestres s'apprêtant à attaquer la cité désormais sans défense.






                                                      Chapitre IV



                            



     Le Roi Novogus étaient assis à maugréer dans la chambre du conseil sylvestre. Le siège de l'ancien était trop étroit et le manque de confort rendait Novogus encore plus maussade. Une autre victoire facile et cependant il n'était pas satisfait.


     Dehors, le tumulte des célébrations impériales emplissait la nuit au-dessus de la forêt Les peuplades de sylvestres pouvaient s'estimer chanceuses car ses troupes étaient très disciplinées et ne se livreraient qu'à un pillage et des supplices modérés.


     Trois coups à la porte, puissants, déterminés.


     "Entrez, " dit le Roi.


     La créature qui pénétra dans la pièce est très étrange, même pour une créature sylvestre; Novogus  reconnu tout de suite l'amalgame humains et mécanique que seule la sorcellerie des disciples de la Confrérie de Parmus pouvait générer.


     L'inquisiteur Koogne prit pas la peine d'exprimer une quelconque déférence à l'égard du Roi, ils étaient tous deux esclaves du même maître. Ainsi parla-il sans ambages :


     "Mon peuple a pris le contrôle des autres campements, tu devrais laisser une petite garnison derrière pour ne pas aiguiser les soupçons."


     Novogus approuva de la tête. Son visage de jeune homme trahissait son irritation.


     "tu dirais consulter le maître, il a de nouveaux ordres pour toi."


     Le Roi était sur le point de remettre cet insolent inquisiteur à sa place, mais la créature avait déjà quitté la salle tel un échassier mécanique.


     Tout allait comme prévu. Enfant de la Terre, Novogus aurait pu se réjouir de cette série de conquête ininterrompue, mais il ne pouvait se défendre de sa mauvaise humeur. Le maître l'avait choisi pour ses talents de stratège, cela ne faisait aucun doute, mais alors pourquoi avait-il donc l'impression de n'être... qu’une simple marionnette ?


     À contrecoeur, Novogus sortit ses instruments d'alchimie du grand coffre en bronze et plaça le bol au centre de la pièce. Après avoir mêlé son sang à la craie jaunâtre, il revint s'asseoir sur son trône. Le contenu du bol graver se mit à fumer. Les dessins de la boue jaunâtre emplit la salle est bientôt la silhouette de Scion apparut. Novogus le salua de la tête et la voix du Maître retentit dans le vide brumeux.


     " Félicitations terrien," le ton était toujours celui de la moquerie, "mais ne t'attarde pas trop longtemps ici. En ce moment même, les Enfants du Feu se soulèvent dans le Nord ; ils savent où ton glaive va frapper, mais ils s'attendent à ce que tu savoures ton triomphe et rassembles des troupes. "


     "mon maître Scion," la voix de Novogus avait perdu de son autorité de baryton et sonnait à ses oreilles comme celle d'un enfant pleurnichard. "Les hommes sont fatigués, ils ont marché pendant longtemps et il n'y a pas un pouce de terre dans cette forêt pour lequel ils n'aient pas âprement combattu."


     Scion ne sembla pas avoir entendu. "Envoie sur-le-champ tes troupes sur le territoire des Dhees ou tu perdras tout."


     La bouche de Novogus s'ouvrit et se referma plusieurs fois sans qu'aucun son ne s'en échappe. Les yeux écarquillés de stupeur, il réalisa qu'il ne pouvait plus bouger.


     Scion se mit à rire.


     C'était un son horrible, comme le claquement d'un éclair lors d'une veillée funèbre. La voix de Scion étaient encore plus cauchemardesques : "la Confrérie de Parmus étend son influence sur les Quatre Nations, annonçant la venue d'un seul dieu véritable à toutes les créatures impotentes de ce monde."


     "Il ne faut pas avoir l'air si défait, Novogus», gronda la voix ancestrales, "tu es à présent l'Empereur du continent sud, mais ton ambition ne saurait certainement être assouvis pour autant, si? Pars à la conquête de la Terre de Feu et soit le premier à régner sur les quatre nations."


     Malgré lui, Novogus ne put s'empêcher de ressentir de la fierté. La vision disparut, mais le rire moqueur de Scion retentit dans sa tête. Au début, ce fut douloureux, une douleur écrasante derrière ses yeux ; puis une sensation inavouable se propagea dans ses membres, emplissant ses veines en faisant vibrer agréablement ses os.


     Il s'assit dans sa solitude, inconscient du rire de fou qui émanait de sa gorge.


Posté le Dimanche 15 Juin 2008 par julien_parisien


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