L'Hydrobarrage Les guerriers tritoniens ont une maxime : il est préférable de mourir de soif que de porter les lévres à la coupe amère de la défaite. La Monarchie Tritonide était un petit territoire et le Peuple de la Mer était sans cesse harcelé par les prétentions hégémoniques de ses voisins. Pendant des siècles, les Tritonides repoussèrent les invasions et firent payer cher leurs incursions aux ennemis.
Ce fût avant que le seigneur de la terre, le roi Novogus, ne vienne.
Chapitre I

La guerre entre Tritona et les armées de Novogus faisait rage depuis une décennie et la nombre de morts avait atteint des proportions cataclysmes. La population Tritonide subsistait à peine tandis que les ressources du Peuple de la Terre semblaient inépuisables. Finalement, pour la honte du Peuple de l’Eau, la Reine avait capitulé, pour éviter un génocide complet de ses sujets. De toute évidence, elle avait été conseillée en cela par la Confrérie de Parmus.
Ainsi le Peuple de la Mer but à pleine gorgée la coupe amère de la défaite.
La Confrérie de Parmus était désormais l’Eglise officielle et personne n’était encouragé à suivre l’Ancienne Voie, celle de la Déesse de la Mer. Dans le Monastère d’Okunada, le dernier ordre à ne pas être parmétique, situé au sud du royaume, les moines attendaient anxieux d’être chassés.
Les moine-D'okunada appartenaient à un ordre ancien, dont les fondateurs avaient assistés au départ des Quatre Saints, les créatures légendaires des Quatre Nations. Chaque nation était liés à un élément particulier et ainsi opposés aux trois autres. Dans le Monastère d’Okunada en revanche, on prônait l’harmonie entre les élément et sa philosophie pacifique attirait des pèlerins du monde entier.
Chapitre II :

Frère Vlo était toujours excité à l’idée de recevoir des visiteurs dans le monastère. C’était un novice et il n’avait jamais encore quitté le sanctuaire d’Okunada, sans parler du royaume Tritona. Sa curiosité vis-à-vis du monde extérieur était insatiable et aujourd’hui le monastère recevait non pas un mais deux visités. Le Supérieur avait envoyé Vlo les accueillir dans l’antichambre.
Le premier invité était en fait une humaine à la chevelure d’un bleu éclatant. Son teint clair contrastait avec des tatouages marquant sa récente conversion à l’ordre parmétique. Elle regardait les murs délicatement ornés de corail, mais ses yeux trahissaient son impatience et son mépris.
L’autre visiteur était de la même race que Vlo, une créature aquatique. Sa queue puissante était enroulée dans une posture de méditation, son corps bleuâtre paraissait agé mais une vie active l’avait conservé en bonne condition. Il avait l’air serein, presque amusé.
La femme parla la première.
« Je suis la Supérieure Krizin. J’exige de parler à votre Supérieur. »
Vlo était stupéfié de son franc-parler. Il jeta un œil sur la créature aquatique qui lui répondait avec un sourire patient et serein.
« Euh, je suis désolé ma sœur. Le Supérieur n’est pas disponible, il a un emploi du temps très chargé ces temps-ci, mais si vous voulez prendre rendez-vous, je suis sûr que… »
« Dis au Supérieur qu’il a reçu son dernier avertissement. Ce bâtiment appartient désormais à la Confrérie de Parmus, par la grâce du Seul Vrai Dieu. A ma prochaine visite, il n’y aura pas de discussion. Hérétiques, s’il vous reste un brin de sagesse, vous aurez entretemps regagné vos cloaques. »
Sa voix avait terminé en cri. Elle quitta le monastère comme une furie et fut rejointe à la porte par une patrouille de Glacials. Vlo la regarda partir puis se tourna vers l’autre visiteur.
« Avez-vous un rendez-vous, mon seigneur ? Je suis désolé mais le Supérieur ne pourra vous recevoir autrement, il a de nombreuses tâches et notre ordre a diminué en nombre depuis la Réforme parmétique. »
La vieille créature aquatique regarda Vlo avec des yeux qui brillaient comme les saphirs.
« Je ne suis pas venu voir le Supérieur, c’est pour te voir que je suis venu, frère Vlo. »
Vlo resta bouche bée.
« Je suis Père Lo’am », dit la créature, « j’ai servi dans ce monastère pendant presque soixante dix ans avant que le Supérieur ne m’envoie de par le monde. »
Vlo retrouva soudainement la parole.
« Vous êtes venu me voir, Pére ? »
« Tout à fait. Le Supérieur m’a parlé de toi dans une de ses lettres. Il est très impressionné par tes progrès en matière de Flux et de Reflux. Il m’a aussi parlé de tes…visions. »
Vlo se sentait confus et quelque peut trahi. Pourquoi le Supérieur avait-il parlé des rêves à cette étrange créature ? Toutes les nuits, c’était le même rêve : il y avait un humain aux cheveux blonds enchaîné avec un mur et devant lui une épée de flammes. L’homme disait des choses incompréhensibles à Vlo et finissait toujours par lui demander d’apporter l’épée. Vlo se réveillait toujours avant de pouvoir donner suite à la requête.
Il s’était confié au Supérieur car il craignait pour l’harmonie de son cerveau.
Père Lo’am rit de voir Vlo aussi complexe, puis tout à coup il dit d’un ton très serieux : « le monastére est un grand danger et le futur de Tritona est en jeu. Alors que le vieux sage songe à notre destin, il revient aux jeunes d’agir. Je peux t’aider à comprendre tes rêves, mais tu dois venir avec moi. Je t’expliquerai tout en route. Va voir le Supérieur et quand tu auras pris congé, rejoins-moi ici même, je t’attendrai. Nous devons partir avant le coucher du soleil. »
Chapitre III :

Vlo se concentra sur le Flux, l’essence de l’Eau Primitive, afin de calmer ses nerfs. Tout s’était passé si vite qu’il se sentait perturbé.
Le Supérieur avait donné son aval sans discussion ni cérémonie. Vlo avait pris ses affaires, dit adieu à ses compagnons novices, qui avait l’air aussi surpris que lui, et avait quitté le monastère pour la première fois de sa vie.
Père Lo’am l’emmena à son bassin de corail qui était directement relié au Fleuve Okunada. En glissant dans le liquide froid, Vlo tenta de supprimer un soupir de soulagement. L’humidité était maintenue constante dans le monastère pour le confort des créatures aquatiques sans pour autant indisposer des disciplines mammifères, mais après avoir passé le matin à l’air libre, c’était un plaisir de retourner à l’Eau.
A moitié immergés, les deux moines prières ensemble Sainte Tritona de les souvenir de leur quête, bien que Vlo ne sache pas encore de quoi il retournait. Ensuite, Père Lo’am, qui semblait tout droit sorti d’un bain de jouvence, s’élança vers le grand fleuve propulser par les ondulations de sa queue puissante.
Le Fleuve Okunada était jadis libre mais depuis l’occupation de la Dynastie Novogus , il était devenu un canal sillonné et pollué par les bateaux de commerce. Vlo et Lo’am furent obligés de nager en apnée pendant la majeure partie du trajet pour ne pas attirer l’attention des barges transportant les troupes Verzar vers le Nord et les champs de batailles de Dhees.
Par voie de terre, le voyage entre le Monastère d’Okunada et Tritona aurait pris plusieurs jours, mais les deux créatures aquatiques parcoururent la distance au moins d’un jour. Peu de créatures pouvaient ainsi se déplacer dans l’eau aussi rapidement et avec si peu d’efforts que les créatures aquatiques, même les requins n’auraient pu rivaliser de vitesse avec les deux moines.
Chapitre IV :
Ce n’est que lorsqu’ils eurent atteint l’océan et furent au large que Père Lo’am leur permit de se reposer. Ils flottèrent sur leur dos en regardant les étoiles.
« A présent, jeune Vlo, je vais répondre aux questions qui titillent ton cerveau. »
Vlo ne disait rien, il essayait de parfaire sa respiration à l’air libre, ce que le vieux moine n’avait aucun mal à faire. Père Lo’am anticipa la première question de Vlo.
« Nous allons sur l’Ile Cai-Shae. »
« L’Ile maudite. »
« Elle est appelée ainsi par les ignorants. Voilà une leçon à retenir et elle est valable pour tous les opprimés de Tritona. »
« Je ne comprends pas. »
« Que sais-tu de l’Ile Cai-Shae. »
« Elle s’étend entre la Monarchie Tritonide et le territoire de Dhees et reste neutre même quand nous sommes en conflits avec Dhees. »
« Le peuple du Feu et celui de l’Eau vivent en harmonie sur Cai-Shae. Il y a des siècles un accord secret eut lieu ; deux artéfacts élémentaires furent échangés, le Calice et l’Epée du Feu. Selon la prophétie, un héros puissant du Feu se servira de l’épée pour abattre un tyran venu du Royaume de la Terre. »
« Novogus ! » s’exclama Vlo. « C’est ce que je pense », dit Père Lo’am, mais malheureusement les insulaires ne veulent pas révéler l’endroit ou est cachée l’épée. Leur neutralité implique qu’ils ne reçoivent aucune protection ni de la part de Tritona ni de la part de Dhees et sont à la merci des pirates. Cependant, ils vivent dans l’espoir que celui qui doit porter l’épée fera un jour connaître et les délivrera de leurs oppresseurs. Je crois que tes rêves ont révélé l’identité du héros du Feu. Si c’est le cas, il nous faut le trouver. Dis-moi comment t’apparaît-il en rêve ? »
« Je sais qu’il s’appelle Didi et que c’est un humain. L’épée de Feu est toujours devant lui mais il ne peu la saisir car il est enchainé. Qu’es ce que cela signifie ? »
« Je ne sais pas mon fils. Peut-être trouveront-nous la réponse sur Cai-Shae. Viens ! Nous nous sommes suffisamment reposés et nous avons deux jours de nage devant nous. »
Chapitre V :

Vlo quitta avec peine la chaleur bienveillante de l’océan et hissa son corps épuisé sur le sable blanc. La plage était bordée par une solide rangée de palmiers, dont certains avaient été abattus pour construire des huttes rondes au toit de palmes. L’endroit semblait désert.
Père Lo’am chuchota, « les insulaires sont méfiants vis-à-vis des visiteurs. Comportes-toi comme tu le ferais au monastère et tout ira bien. »
Les deux créatures aquatiques restèrent ainsi debout face aux huttes pendant de longues minutes. Puis, un homme apparut à une porte. Il avait l’air nerveux et rusé, et la peau pourpre des habitants de Dhees.
« Pourquoi au nom des Saints, êtes-vous de retour Père ? Votre religion ne vous enseigne-t-elle donc pas des principes d’amour de soi ou de survie ? »
Père Lo’am ne semblait pas menacé par la question. « Nous discuterons de ces notions un autre jour, Brenn. Mais je suis là pour réaliser ma promesse. Voici frère Vlo, je suis sûr qu’il peut nous aider. »
Lo’am s’interrompit, sentant que quelque chose ne tourne pas rond. « Que ce passe-t-il Brenn ? »
« Vous n’auriez pas dû revenir. » Les yeux de Brenn S’écarquillèrent, puis son visage se convulsa et il tomba en avant sur le sable.
« Vous n’auriez pas dû revenir, ça c’est certain, » lança une voix depuis une hutte.
Une créature bleue sortit et enjamba le corps de Brenn. Ses quatre bras brandissaient chacun un coutelas, dont l’un était couvert de sang. « Je vous avez dit ce que je ferais à ces vauriens si vous reveniez prêcher votre folie par ici. »
D’autre créatures émergèrent des autres huttes, chacune armée de lames tranchantes et tenant un insulaire en otage, avec parmi eux des femmes et des enfants.
La voix du vieux moine était calme même triste, « Capitaine Siam, ces gens ne représentent aucune menace. S’il vous plaît, laissez-les partir et je serai votre prisonnier. »
Le pirate aux quatre bras réfléchit un instant.
« Quelle idée stupide. Tuez-les tous ! »
« Non ! » La voix de Lo’am trahissait à présent ses émotions.
Le pirate le plus proche était une horrible mégère aux cheveux sales, elle tenait un poignard recourbé sur la gorge d’une fillette. Lo’am bondit en face d’elle, les bras tendus et les doigts recourbés comme des griffes. Il y eut un craquement dans l’air puis une odeur d’ozone et un éclair bleu aveugla Vlo.
Quand il rouvrit les yeux, il vit que la fillette n’avait pas bougé, ses yeux était fixes et elle était pétrifiée mais vivante. La mégère, par contre, avait été réduite à un squelette noirci qui s’effondra en un petit tas de cendres que la brise marine emporta vers les flots.
Les pirates et les captifs étaient encore sur le choc. Le Capitaine Siam était le premier à revenir à lui. Il regarda les restes de la pirate pendant quelques secondes puis se tourna vers Lo’am.
« Bon d’accord, Père. Parlons. »
« Vous laisserez partir les insulaires. »
« Ils seront sains et saufs. J’en fais serment, je respecterai la loi des pourparlers. »
Dans un seul mouvement, Siam rengaina ses quatre épées dans son dos. Il s’approcha de Lo’am avec un sourire malicieux aux lèvres et prit le vieux moine par l’épaule.
Vlo essaya d’écouter leur conversation.
« Le seul problème », soupira le pirate, « c’est que vous avez tué ma dernière sorcière des temps. Et brise-nuages ne quittera pas l’île sans qu’elle soit remplacée. »
« Je peux vous prêter les services de frère Vlo. C’est un initié de troisième grade de Okumada. »
« Et moi qui pensais que vous proposeriez vos propres services, Père. Vous avez dit prêter ? »
« Pour la durée de votre prochain voyage. Si vous n’avez pas trouvé de remplaçante d’ici là, je suis sûr qu’on pourra trouver un arrangement. En échange, vous épargnerez ces insulaires. »
Siam pesa le pour et le contre.
« D’accord ! » Il laissa Lo’am et retourna vers son équipage.
« Laissez-les partir. On a trouvé un navigateur, ça ne peut pas être pire qu’avec Gruzhilda. Préparez-vous à larguer les amarres ! »
Les pirates transportèrent de nombreuses caisses, sacs et autres. Il s’agissait là des biens des insulaires mais nul ne protesta. Tandis qu’ils étaient ainsi occupés, Vlo rejoignit Père Lo’am.
« Au nom de la Mer Génitrice, qu’avez-vous fait ? » Vlo fut surpris de sa colère mais ravi d’avoir pris l’initiative. « Premièrement, vous avez prêté mes services à une bande de meurtriers et deuxièmement, je n’ai jamais navigué de ma vie, et … »
« Du calme. » La voix de Père Lo’am était de nouveau sereine.
« Brise-nuages n’est pas un bateau ordinaire. Il navigue suivant le Flux et le Reflux. Suis les ordres du capitaine et le navire obéira aux tiens. »
« Père, sauf votre respect, c’est de la folie ! » Vlo avait honte du ton à présent hystérique de sa voix.
La réplique de Père Lo’am fut ferme. « Ton premier voyage dans le monde t’a-t-il déjà privé de ta foi ? Que nous dit le Livre des Axiomes de faire lorsque nous ne savons plus quelle direction prendre ? »
Vlo baissa la tête et répondit, « Il nous dit de suivre le Flux. »
Le vieux moine sourit. « Exactement. Le Capitaine Siam doit se rendre au cœur de Dhees. Il n’y a pas de fleuves là-bas, seulement des volcans et des steppes arides. Comment une créature aquatique pourrait-elle s’y rendre autrement ? »
« Mais Père, s’il n’y a pas de fleuve, comment un navire peut-il… ? »
A ce moment précis, une ombre passa. Vlo leva les yeux et vit la coque d’un large navire bien au-dessus de la cime des arbres.
Brise-nuages s’arrêta au-dessus de la plage, des échelles de corde furent lancées depuis le pont et les pirates embarquèrent avec leur butin.
Chapitre VI :

A la proue de Brise-nuages , Vlo se laissa envahir par le Flux et corrigea légèrement la course du navire. En dessous, les steppes arides de Dhees étaient parcourues par des coulées de laves qui formaient des lignes rouges sombres dans la vapeur.
Capitaine Siam était sur le pont et hurlait des ordres à son équipage, qui s’épuisait sur les multiples tâches. Brise-nuages n’avait nul besoin de rameurs et les membres de l’équipage étaient tous des maraudeurs bons à rien si ce n’est au combat et au pillage.
Le Capitaine ne s’inquiétait que d’une chose : son navire. L’équipage était tenu sous sa férule par la peur et il les traitait presque comme des esclaves. Si l’un d’entre eux avait eu un soupçon d’initiative, une mutinerie aurait été inévitable, mais ils en étaient tous incapables.
Frère Vlo gardait le moral. Son seul espoir résidait dans la destination du navire. Il se dirigeait vers un endroit appelé le Cabri Sombre pour enrôler d’autres ‘volontaires’.
Il avait récemment appris du second que Cabri Sombre était une prison, la seule prison dans tout le territoire de Dhees.
Posté le Dimanche 15 Juin 2008 par julien_parisien |